Au début, ce fut une préhistoire riche aux nombreuses facettes, laquelle se découvre de jour en jour au rythme d’innombrables découvertes archéologiques.
De la civilisation Moustérienne, à l’homme Capsien qui nous a laissé des vestiges caractéristiques d’une préhistoire soutenue, la préhistoire tunisienne emploie plusieurs langages.
Ici, des silex, des pointes de flèche. Par là des gravures rupestres prouvant d’activités de chasse aux allures artistiques.
Le plus ancien monument cultuel, l’Hermaion d’El Guettar est exposé dans la salle préhistorique du mythique musée National du Bardo. Découvert au fond d’un puits asséché depuis longtemps, l’homme de Neandertal avait érigé cet édifice pour remercier le Génie de la source qui l’alimentait lui et ses proches de l’eau fondamentale à la pérennité des siens ainsi qu’à postérité.
En partant au nord-ouest, du côté de Makthar, le visiteur n’oubliera pas d’aller admirer les tombes mégalithiques d’Ellès, de Tighiba ou de Kesra. Véritables géants faits de pierres millénaires, elles se dressent ostensiblement face au temps.
Il pourra aussi admirer non loin d’Hammamet ces caveaux funéraires appelés Haouanet, sortes de chambres funéraires parallélépipédiques creusées à flanc de montagnes, à Sidi Latreche par exemple.
Plus tard, la civilisation berbère surgit. Ce furent les habitants premiers de tout le nord de l’Afrique. Jusqu’à nos jours, leurs traces ne se sont pas effacées du subconscient collectif d’un peuple. Une civilisation à part entière, mais aussi une culture à faire valoir. Elle donnera naissance à des royaumes tels que Numides, Maessyles, Gétules…
De leurs habitations nous restent les illustres villages troglodytes. Ces maisons accrochées au sommet des montagnes permettaient à leurs habitants de sécuriser leur mode de vie face à aux razzias.
Après cette fermentation première, les premiers occupants arrivèrent. Ce furent les Phéniciens grands commerçants et navigateurs avisés. En sillonnant la Méditerranée, ils finissent par accoster à Utique ; première fondation en Tunisie. Cette ancienne cité-comptoir phénicienne fondée en 1101 avant notre ère fait entamer en Tunisie une grande épopée.
Une histoire qui commence tôt car ces Phéniciens, peuples des mers, avaient inventé le premier alphabet de l’histoire humaine. Tandis que des peuples ailleurs n’avaient pas encore connu l’écriture à l’instar de ces Romains, la Tunisie fait déjà figure d’ainée en termes d’ancrage civilisationnel.
Puis ce fut autour de Carthage phénicienne, dénommé Carthage punique plus tard. Ayant acquis par la force des choses son indépendance à sa cité-mère Tyr, elle devint riche capitale d’un empire maritime prospère. La Méditerranée occidentale lui a prévalu comme fonds de commerce pour plusieurs siècles. Grands commerçants, habiles qu’ils étaient, ils partirent jusqu’en Espagne pour l’occuper. Les innombrables vestiges de la Mégapole antique s’offrent aux yeux du visiteur avide de connaissance sur cette civilisation déchue.
En effet, ce fut sans compter la présence d’une autre force naissante du coté de l’Europe. Les guerres puniques sont inévitables. Elles finiront par sceller le sort de la malheureuse Carthage d’Hannibal, dont les exploits historiques et militaires ne suffirent pas à anéantir son concurrent qui prétendait au contrôle total de la Méditerranée.
Malheureuse tragédie que fut le sort de cette Carthage punique, à l’instar de sa reine fondatrice Elyssa-Didon, tant scandée dans les poèmes épiques de Virgile, et dont la belle histoire d’amour fut reprise par les plus grands peintres et orateurs du Moyen-Age. Les découvertes archéologies à Carthage ou à Kerkouane retraceront au brillant visiteur les mémorables traces d’un raffinement exceptionnel : un urbanisme inédit, des pièces de grande valeur tels que bijoux de belle facture, ou des sarcophages anciens taillés dans du marbre de qualité relatent inexorablement de sa splendeur déchue.
En annexant son territoire à l’empire naissant, Jules César avide de gloire et de victoires militaires n’avait cure de ces détails qui incombent à l’homme rétrospectif d’une culture distinguée, sur lequel nous comptons énormément.
Mais la Carthage tel un Phœnix déployant ses impétueuses ailes renaitra de nouveau, de plus belles cette fois : Thermes publics impressionnants, amphithéâtres foudroyants, théâtres pour la pérennité de l’art…
Viendraient enfin les demeures aux riches décorations, pavées de mosaïques aussi belles que référentielles sur un vécu ancien. Les divinités y défilent au grand bonheur de leurs riches commanditaires. Tandis que la vie de ces ancêtres d’un autre temps y est minutieusement reproduite.
Pas de trêve pour une histoire continue, car les Chrétiens sont déjà là. Ils marquent leur présence par des basiliques éparpillées sur notre territoire. Mais encore par d’autres mosaïques paléochrétiennes exposées dans de nombreux musées. On apprendra au travers de ces expositions que la Tunisie était terre de paganisme puis de christianisme avant de tomber aux mains des Arabo-musulmans venus eux aussi en tant que conquérants.
Après avoir fortifié leurs villes fraichement conquises, les Byzantins finiront en effet par succomber face aux incursions réitérées chaque fois par des occupants d’un genre nouveau. Pas si nouveau si l’on n’oublie pas le fait que la Tunisie fut sémitique avant d’avoir été romanisée. En 669, Kairouan est fondée suivie plus tard en 698 par la Tunis.
De là, des dynasties multiples : Aghlabides, Fatimides, Zirides, Hafsides et pour couronner cette diversité, ce sont les Ottomans qui s’y installent, et pour longtemps, avant d’être évincés par une France ambitieuse.
Entre temps et par vagues successives ce sont des Andalous qui se succèdent sur cette de terre de la fertilité.
N’avait-on pas proclamé que la Tunisie faisait office de grenier de Rome. Cette Tunisie ne connut-elle pas des martyrs notables au temps de la chrétienté ? Ne rendit-elle pas hommage au Vatican en lui dédiant trois Papes ? Et que ferait-on de ses grands penseurs, de ce sociologue natif de Tunis et de ces exégètes du Coran ?
Ces héros de l’Antiquité on les avait retrouvés un jour passé dans les manuels scolaires de notre plus jeune âge, tandis que leurs conquêtes mythiques ont bercé les rêves de notre plus tendre enfance.
Ce pays de contrastes culturels et géographiques orné de jolis paysages n’a pas besoin de recourir à un langage publicitaire pour qu’il se fasse promouvoir correctement.
Le dialogue civilisationnel qu’il introduit dans une Méditerranée éternellement tumultueuse trouvera son écho grandissant, dans la mesure où ces interprètes sachent le présenter dans son expression la plus intégrale que possible.